Ce couple d'éléphants, arrivé de Hollande par la voie des eaux, a fait les belles heures de la Ménagerie en 1798. Soucieux de distraire leur mélancolie, on organisa pour eux un grand concert où le public vit les deux géants balancer leurs trompes sur des airs de "ça ira".


En janvier 1795, les armées de la Convention entrent en Hollande et renversent le régime de Guillaume V d'Orange. Après l'inventaire de la Ménagerie du Stathouder, deux éléphants d’Inde, le mâle Hanz et la femelle Parkies, sont choisis pour venir enrichir la Ménagerie du Muséum. L'entreprise est colossale et prendra trois ans de préparation. Bernard Louzardy, ancien forain devenu soigneur au Jardin des Plantes et Lasseigne, un menuisier de l’Arsenal, sont envoyés sur place pour fabriquer les cages et le charriot nécessaires au transport des deux éléphants. Le convoi prend la route en 1797. Après plusieurs mois de navigation le long de l’Yssel, puis des canaux qui relient Rotterdam à Cambrai, Hanz et Parkies débarquent au port des Invalides en mars 1798.

Leur arrivée fit sensation et un grand concert fut donné par l’orchestre du Conservatoire pour chasser leur « mélancolie ». Dans le livre qu'il consacre au couple d'éléphants en 1803, le naturaliste Jean-Pierre-Louis-Laurent Houel note que la musique produit une vive impression sur Parkies qui commence à échanger des caresses et des invitations sexuelles avec son partenaire. Une attitude qui étonne le scientifique, habitué semble-t-il à des moeurs plus chastes : « L'Eléphant, dans l'état de domesticité, se refuse aux jouissances de l'amour », nous assure Houel, « bien qu'il en ressente les plus vives atteintes ». S'ensuit un passage plein de pudeur sur la discrétion naturelle de l'éléphant qui, « Dans l'état de liberté, (...) se dérobe aux regards même de ses semblables, puis avec la compagne dont il a fait choix, cherche les solitudes les plus profondes, et ne cède à ses propres désirs et au vœu de la nature, que lorsqu'il s'est entouré de l'ombre et du silence des bois ».

Lorsqu’ils arrivent au Jardin des Plantes, le public se presse pour venir observer les deux géants. De petits commerces de bouche commencent à s’épanouir, si bien que le Ministre de l’Intérieur invite le Muséum à prendre des mesures pour empêcher les visiteurs de leur donner de la nourriture. Nous ne saurons jamais s’il succomba à trop de gâteries, mais Hanz le mâle meurt quatre ans plus tard, en 1802. Dans Le Petit journal de Paris, on rapporte une scène touchante où Parkies, après avoir essayé de relever son compagnon, se mit à verser d'abondantes larmes, en poussant des petits cris que le journaliste compare à des lamentations. La belle Parkies vivra jusqu’en 1816. Elle est la première locataire de la Rotonde, bâtiment en forme de croix de la Légion d’honneur, qui abrita des éléphants jusqu’en 1976.